Vocabulaire et IA : ne pas devenir « le jouet » de la machine
« Ceux qui auront une maîtrise complète du langage et un vocabulaire diversifié auront la maîtrise de l’IA. Ceux qui auront une maîtrise faible du langage seront le jouet de l’IA. » La phrase est d’Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, lors de sa conférence de rentrée le 25 août 2026 (Thotis, 26 août 2026).
Elle vise l’école. Elle décrit pourtant une chose que tout adulte qui se sert d’un modèle de langage vérifie chaque jour.
Pourquoi le vocabulaire commande l’outil
Un modèle de langage ne fait qu’une chose : il traite du texte. Ce que vous obtenez de lui dépend de ce que vous lui donnez à traiter. Une demande vague produit une réponse vague ; une demande précise, où chaque mot restreint le champ, produit une réponse utilisable.
Le vocabulaire n’est pas un ornement dans cette affaire. C’est l’instrument avec lequel on cadre une requête. Demander « un texte sur nos produits » et demander « une fiche argumentaire de 200 mots pour un acheteur en grande distribution, ton factuel, sans superlatifs » ne mobilisent pas la même quantité de mots. La seconde donne un résultat exploitable parce qu’elle nomme le format, la cible, le registre et une contrainte. Qui ne possède pas ces mots ne peut pas formuler la seconde demande, et se contente de ce que la machine veut bien lui rendre.
C’est le sens précis de « jouet de l’IA ». Non pas victime d’une machine hostile, mais dépendant d’un outil qu’on ne sait pas diriger, faute des mots pour lui dire quoi faire et pour juger ce qu’il répond.
Ce que le ministre a annoncé pour l’école
Le volet scolaire mérite d’être rapporté avec exactitude, parce qu’il est souvent déformé. Les nouveaux programmes du premier degré fixent une cible de vocabulaire de 2 500 mots en fin de maternelle, présentée comme un enjeu d’égalité. À la rentrée 2027, un enseignement à l’IA deviendra obligatoire, à raison d’une heure hebdomadaire, pour tous les élèves de seconde ; le programme est confié au Conseil supérieur des programmes, attendu en décembre (Citoyens.com, 26 août 2026).
Une réserve honnête : certains reprises de presse prêtent au ministre des chiffres précis, un vocabulaire de 300 mots opposé à 4 000, que nous n’avons pas pu retrouver dans les comptes rendus de sa conférence. Nous ne les reprenons donc pas. La citation vérifiée est celle du premier paragraphe, et elle suffit au propos.
Le même constat vaut pour les adultes en poste
L’école forme les usagers de demain. Les entreprises, elles, emploient déjà des salariés qui utilisent ces outils aujourd’hui, souvent sans formation. Et l’écart que décrit Geffray s’y observe sans attendre 2027.
Dans une équipe, deux personnes se servent du même assistant. La première obtient des brouillons qu’elle doit tout réécrire, se décourage, conclut que l’outil ne vaut rien. La seconde formule des demandes précises, relit avec un œil critique, corrige, et gagne du temps réel. La différence tient rarement à la technique. Elle tient à la langue : capacité à décrire une tâche, à nommer un registre, à repérer qu’une réponse sonne juste mais dit faux.
C’est une compétence qui se travaille, et qui n’a rien de réservé aux profils littéraires. Savoir écrire une consigne claire, c’est d’abord savoir penser ce qu’on attend avant de le demander. Notre formation ChatGPT et Claude au quotidien part de là : non pas des astuces, mais la façon de formuler, de vérifier et de reprendre ce qu’un modèle produit. Et avant même de former, décider quel usage mérite l’effort reste la première étape utile.
Un mot sur notre statut, que nous devons à nos lecteurs : DTJ Training n’est pas certifié Qualiopi et sa déclaration d’activité est enregistrée sous le numéro 32800278480. Aucun financement OPCO ou France Travail n’est mobilisable aujourd’hui.
Geffray parle d’enfants qui apprendront à lire et à parler. Mais la question qu’il pose se retourne vers chaque adulte qui ouvre une fenêtre de conversation avec une machine : combien de mots avez-vous pour lui dire ce que vous voulez, et pour voir quand elle se trompe.
Sources
- Thotis, « Rentrée 2026 : les annonces d’Édouard Geffray », 26 août 2026.
- Citoyens.com, « 2500 mots dès la maternelle, IA… ce qui change à la rentrée 2026 », 26 août 2026.
- Café pédagogique, « Rentrée : Édouard Geffray dans les pas de Jean-Michel Blanquer », 26 août 2026.