IA adaptative à l'école : Stuttgart choisit de mesurer

Une salle de classe vide, pupitres alignés dans la lumière du matin : l'école où Stuttgart veut mesurer les logiciels adaptatifs avant de les généraliser.

Le 14 septembre 2026, à l’hôtel de ville de Stuttgart, l’adjointe au maire chargée de l’éducation, Isabel Fezer, et le chancelier de l’université de Tübingen, Andreas Rothfuß, ont signé une convention de trois ans. Objet : faire entrer dans les écoles de la ville des logiciels d’apprentissage adaptatifs conçus par des chercheurs, et les étudier sur place.

L’annonce est modeste. C’est ce qui la rend intéressante.

Ce que dit la convention, et ce qu’elle tait

Côté ville, le partenaire est le service municipal chargé des écoles publiques, soit environ 150 sites. Côté université, le Tübingen Center for Digital Education (TüCeDE), institut de recherche sur le numérique et l’IA en éducation.

Le communiqué de la ville décrit quatre chantiers :

  • des écoles testent en conditions réelles de classe des systèmes adaptatifs issus des recherches du TüCeDE ;
  • des étudiants consacrent leurs mémoires à des questions posées par la ville, par exemple un usage de l’IA en classe conforme à la protection des données ;
  • enseignants et chercheurs conçoivent des séquences, comme l’usage réfléchi d’un chatbot pour écrire en cours d’allemand, à publier en ressources libres ;
  • l’université aide la ville à juger quels outils d’IA conviennent à l’école.

Le reste manque. Ni la liste des écoles, ni le nombre d’élèves, ni les disciplines, ni les logiciels, ni le budget ne figurent dans le communiqué, muet aussi sur le protocole d’évaluation. Nous n’avons trouvé aucune autre source publique qui le précise. C’est donc un cadre où des expérimentations pourront s’inscrire, pas encore une expérimentation au sens scientifique.

Adaptatif : de quoi parle-t-on ?

Un logiciel adaptatif estime ce que l’élève maîtrise d’après ses réponses, puis ajuste la difficulté des exercices, leur rythme, parfois les explications. L’idée n’est pas neuve. Ce qui change, c’est l’IA générative : le projet MATE du TüCeDE, dirigé par Andreas Lachner et financé par la VolkswagenStiftung (849 600 euros de coûts directs sur quatre ans), étudie justement l’enseignement adaptatif qui s’appuie sur elle. Le communiqué ne dit pas si MATE fait partie des systèmes testés à Stuttgart.

Isabel Fezer, elle, a tranché. Face à l’hétérogénéité des classes : « La réponse, ce sont les systèmes d’apprentissage adaptatifs » (traduit de l’allemand). La recherche parle avec plus de précautions.

Ce qu’on sait de l’efficacité

Une méta-analyse de James Kulik et J. D. Fletcher (Review of Educational Research, 2016) réunit cinquante évaluations contrôlées de tuteurs informatiques intelligents. Effet médian : 0,66 écart-type, de quoi faire passer un élève médian du 50e au 75e centile. Mais les auteurs soulignent que le gain dépend fortement du test employé, bien plus net sur des épreuves conçues localement que sur des tests standardisés. Un outil évalué sur ce qu’il entraîne se donne facilement raison.

Un second travail vient de Tübingen. En 2018-2019, l’équipe du linguiste Detmar Meurers a remplacé le cahier d’exercices d’anglais papier par une version en ligne, le FeedBook, dans dix classes de 7e (notre cinquième) de quatre établissements du Bade-Wurtemberg. Tous les élèves utilisaient l’outil, mais dans chaque classe un tirage au sort décidait qui recevait des indications guidées sur les points de grammaire étudiés. Sur 205 élèves analysés, le groupe guidé progresse de 7,82 points contre 4,81 pour le groupe témoin : un effet moyen (d de Cohen de 0,56).

Ce protocole isole l’effet de la rétroaction, pas celui de la nouveauté de l’écran. Il porte en revanche sur trois structures grammaticales et sur une séquence d’environ deux mois. Une preuve solide, et étroite.

En France, la même question, posée trop tard

MIA Seconde est un service ministériel de remédiation adaptatif en français et en mathématiques. Son évaluation d’impact 2024-2025, menée avec le programme IDEE et Sciences Po, prévoyait de répartir au hasard, dans cinq lycées par académie, des versions avec et sans algorithmes d’IA. La bonne question : que rapporte l’adaptation, à exercices égaux ?

Le service a pourtant été ouvert à toutes les classes de seconde dès septembre 2025. En février 2026, éduscol en attendait encore les premiers résultats pour le premier trimestre de l’année. Nous ne les avons pas trouvés publiés à la date de rédaction.

L’heure hebdomadaire d’IA en seconde, annoncée par le Premier ministre le 19 juin 2026 pour la rentrée 2027, relève d’autre chose : apprendre ce qu’est l’IA, pas apprendre avec elle.

Les données et l’enseignant, deux angles morts

Stuttgart range la protection des données parmi les sujets de mémoire. C’est honnête : la question n’est réglée d’avance nulle part, et un logiciel adaptatif vit des traces qu’il accumule sur chaque élève.

Le règlement européen sur l’IA classe à haut risque les systèmes destinés à évaluer les acquis d’apprentissage, « y compris lorsque ceux-ci sont utilisés pour orienter le processus d’apprentissage » (règlement (UE) 2024/1689, annexe III, point 3, b), sous réserve des exceptions de l’article 6, paragraphe 3. Les obligations correspondantes s’appliqueront le 2 décembre 2027, date fixée par le règlement (UE) 2026/1744 : voir notre article sur les échéances du règlement IA.

Reste l’enseignant. Le chancelier Rothfuß insiste sur l’accompagnement des projets par les chercheurs, aux côtés des enseignants, dans les écoles. Nous l’avions relevé dans IA à l’école : résister à la fuite en avant : les études se séparent moins selon l’outil que selon la présence d’un adulte qui tient le cadre.

Avant d’acheter une plateforme « adaptative »

La leçon vaut pour la formation des adultes. Face à un éditeur qui vante son adaptativité, posez quatre questions :

  • Quelle comparaison ? Même contenu, avec et sans adaptation. Un « avant, après » ne prouve rien.
  • Quel test ? Un gain mesuré sur les exercices de la plateforme ne vaut pas un gain mesuré ailleurs.
  • Quelles traces ? Lesquelles sont conservées, combien de temps, par qui consultées, et faut-il une analyse d’impact au sens de l’article 35 du RGPD ?
  • Quelle main pour le formateur ? Peut-il composer les parcours et contredire l’outil ?

C’est l’approche que nous défendons dans notre formation à l’IA. DTJ Training n’est pas certifié Qualiopi, sa déclaration d’activité est enregistrée sous le numéro 32800278480 — cet enregistrement ne vaut pas agrément de l’État —, et aucun financement OPCO, CPF ou France Travail n’est mobilisable à ce jour.

La convention de Stuttgart est prévue pour trois ans. Son vrai test viendra au bout : la ville publiera-t-elle aussi ce qui n’a pas marché ?

Sources

  • Ville de Stuttgart, communiqué du 14 septembre 2026.
  • Université de Tübingen, TüCeDE, page du projet MATE, consultée le 15 septembre 2026.
  • J. A. Kulik et J. D. Fletcher, Review of Educational Research, vol. 86, n° 1, mars 2016.
  • D. Meurers et al., Annual Review of Applied Linguistics, vol. 39, 2019.
  • Éduscol, page « M.I.A. Seconde », février 2026.
  • DRANE de Martinique, évaluation d’impact de MIA Seconde, 5 septembre 2024.
  • franceinfo, 19 juin 2026.
  • Règlement (UE) 2024/1689, annexe III ; règlement (UE) 2026/1744, JOUE du 24 juillet 2026.

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