Jeunes, femmes et IA en Afrique : la fracture en chiffres

Des rangées de pupitres en bois vides : l'accès à l'apprentissage se joue avant la première séance.

En 2025, 36 % des habitants du continent africain utilisent internet, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). La moyenne mondiale est de 74 %. Avant de parler d’intelligence artificielle en classe, il faut partir de là : un outil qui passe par le réseau n’atteint pas ceux qui n’y sont pas.

C’est aussi le point de départ d’Armand Claude Abanda. Cet informaticien camerounais, titulaire de la chaire UNESCO d’Afrique centrale Accès-TIC, a été invité à la Semaine de l’apprentissage numérique organisée par l’UNESCO à Paris du 8 au 11 septembre, a rapporté le portail Médiaterre le 14 septembre. Sa formule, citée par le portail : « L’IA ne doit pas creuser la fracture éducative. »

Personne ne contestera la phrase. Ce qui nous intéresse, c’est ce qu’elle oblige à mesurer.

Une semaine consacrée à l’IA dans l’éducation

La Digital Learning Week est le rendez-vous annuel de l’UNESCO sur les technologies éducatives. L’édition 2026 s’est tenue au siège de l’organisation, sous le titre « Education in the age of AI: Facts | Frictions | Frontiers ». Le programme annonçait plus de vingt-cinq ministres de l’Éducation et l’adoption d’une déclaration ministérielle commune sur l’éducation comme bien commun face à l’IA.

Nous n’avons pas pu lire le texte adopté. Les sources consultées, publiées avant la clôture, en parlent au futur ; nous n’en dirons donc pas davantage.

Ce que mesure l’UIT

Les chiffres de référence viennent du rapport Facts and Figures 2025 de l’UIT, publié le 15 octobre 2025.

  • 36 % d’utilisateurs d’internet en Afrique, contre 74 % dans le monde.
  • Dans le monde, 77 % des hommes et 71 % des femmes sont en ligne, soit environ 280 millions d’hommes de plus que de femmes.
  • L’indice de parité, qui rapporte le taux d’usage des femmes à celui des hommes, atteint 0,78 en Afrique en 2025, contre 0,70 en 2019. La moyenne mondiale est de 0,92.

Deux lectures, vraies en même temps. L’écart se resserre en Afrique depuis six ans, et l’UIT parle d’une amélioration notable. Le continent reste pourtant derrière les autres régions.

Sur l’âge, l’UIT relève que 82 % des 15-24 ans utilisent internet dans le monde, dix points de plus que le reste de la population. La page consultée ne détaille pas ce chiffre pour l’Afrique. Nous ne l’extrapolerons pas.

Une chaire UNESCO n’est pas un bureau de l’UNESCO

La précision compte, parce que les titres entretiennent la confusion. Une chaire UNESCO est portée par un établissement d’enseignement et reconnue par l’organisation ; elle n’en est pas un service. Celle d’Armand Claude Abanda figure dans la liste officielle des chaires UNESCO et réseaux UNITWIN depuis 2023, rattachée à l’Institut africain d’informatique, au Cameroun. Son intitulé la consacre à l’accès des jeunes et des femmes aux technologies de l’information en Afrique centrale. Son site la situe à Yaoundé et date son inauguration du 11 août 2023.

Deux de ses actions ont été relatées par Médiaterre :

  • à Oyem, au Gabon, à partir du 4 mai 2024, une formation de six semaines pour 100 jeunes, de la bureautique à l’installation d’équipements solaires photovoltaïques en passant par l’entrepreneuriat ;
  • à N’Djamena, au Tchad, en août 2025, une initiation à l’IA : 2 000 participants au départ, 1 303 certificats et 96 attestations de participation à l’arrivée.

Ce second compte rendu mérite d’être salué pour une raison précise. Publier le nombre de certifiés à côté du nombre d’inscrits, c’est accepter de montrer l’écart entre les deux. Beaucoup de dispositifs, en Europe comme ailleurs, n’annoncent que le premier chiffre.

Ce que nous n’avons trouvé dans aucun de ces articles, en revanche, c’est la part de femmes parmi les bénéficiaires. Pour une chaire dont l’intitulé vise précisément les femmes, c’est l’indicateur qui manque au lecteur. Il existe peut-être ailleurs. Il ne figurait pas dans les sources publiques que nous avons lues.

En France, la fracture a un autre visage

Comparer terme à terme serait hasardeux : les indicateurs ne mesurent pas la même chose. Un chiffre rappelle toutefois que la question ne se pose pas qu’au sud de la Méditerranée. Selon l’Insee, 15,4 % des personnes de 15 ans ou plus vivant en France étaient en situation d’illectronisme en 2021, c’est-à-dire sans usage d’internet au cours des trois derniers mois ou sans compétences numériques de base.

Ici, l’écart le plus marqué tient à l’âge : 62 % des 75 ans ou plus sont concernés, contre 2 % des 15-24 ans.

Le mécanisme, lui, se retrouve des deux côtés. Une formation à l’IA ouverte à tous ne touche pas tout le monde : elle touche d’abord ceux qui ont la connexion, l’appareil et l’aisance.

Ce qu’un responsable de formation peut en tirer

Un programme d’initiation à l’IA suppose presque toujours un compte en ligne, un appareil assez récent et une connexion stable. Chacune de ces conditions trie le public avant la première séance, sans que personne l’ait décidé. Les vérifier en amont coûte moins cher que constater l’absence d’une partie du public à l’arrivée.

Ensuite, deux habitudes de mesure :

  • Ventiler les résultats. Inscrits, présents, certifiés, par sexe et par tranche d’âge. Sans cette ventilation, impossible de dire si un dispositif réduit un écart ou le reproduit.
  • Publier l’écart entre inscrits et certifiés. C’est inconfortable. C’est aussi la seule donnée qui permette d’améliorer un parcours d’une session à l’autre.

C’est la logique que nous défendons : partir de l’usage réel des participants avant l’outil, comme nous l’expliquions dans Formation IA : l’usage d’abord, la compétence ensuite. Nos parcours sont décrits sur la page formation à l’IA. DTJ Training n’est pas certifié Qualiopi, sa déclaration d’activité est enregistrée sous le numéro 32800278480 — cet enregistrement ne vaut pas agrément de l’État —, et aucun financement OPCO, CPF ou France Travail n’est mobilisable à ce jour.

La question à poser à tout programme de ce genre, à Yaoundé comme dans la Somme, tient en une ligne : parmi ceux qui sont allés au bout, combien de femmes ?

Sources

  • Médiaterre, « Autonomisation des jeunes et femmes africains par les TIC et l’IA : le cheval de bataille d’Armand Claude Abanda à l’UNESCO à Paris (France) », Pierre Amougou, 14 septembre 2026.
  • Médiaterre, « La chaire UNESCO Accès-TIC lance une formation de 100 jeunes Gabonais aux métiers du numérique », Pierre Amougou, 17 mai 2024.
  • Médiaterre, « Intelligence artificielle : la chaire UNESCO d’Afrique centrale Accès-TIC outille des jeunes Tchadiens », Pierre Amougou, 22 août 2025.
  • UNESCO, List of UNESCO Chairs and UNITWIN Networks, version d’août 2024, entrée 2023CM1685.
  • Chaire UNESCO d’Afrique centrale Accès-TIC, site officiel unescochaire-tic.org, consulté le 15 septembre 2026.
  • Media Rights Agenda, annonce de la Digital Learning Week 2026, 18 juin 2026 ; WINS Solutions, 9 septembre 2026, d’après l’avis aux médias de l’UNESCO du 25 août 2026.
  • UIT, Facts and Figures 2025, 15 octobre 2025 (sections Internet use, The gender digital divide, Youth Internet use).
  • Insee Première n° 1953, « 15 % de la population est en situation d’illectronisme en 2021 », 22 juin 2023.

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