Greffe du tribunal des activités économiques de Paris visé
Le 17 septembre 2026, un acteur se présentant sous le pseudonyme Alduin a publié sur un forum cybercriminel une revendication visant le domaine greffe-tae-paris.fr. Deux observatoires la relaient. Ils ne s’accordent pas sur le nombre de personnes : environ 722 pour FrenchBreaches, environ 900 pour Fuites Infos.
Ce désaccord importe moins que la réponse à une autre question : qui sont ces gens.
De quel tribunal parle-t-on
Le tribunal des activités économiques de Paris n’est pas une juridiction nouvelle tombée du ciel. C’est le tribunal de commerce de Paris, renommé et doté de compétences élargies dans le cadre d’une expérimentation prévue par l’article 26 de la loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 et organisée par le décret n° 2024-674 du 3 juillet 2024.
Douze tribunaux de commerce sont concernés depuis le 1er janvier 2025, et jusqu’au 31 décembre 2028 : Avignon, Auxerre, Le Havre, Le Mans, Limoges, Lyon, Marseille, Nancy, Nanterre, Paris, Saint-Brieuc et Versailles. Ils traitent depuis lors les procédures amiables et collectives de tous les professionnels en difficulté, quel que soit leur statut, à l’exception des professions du droit réglementées.
Un détail a son importance pour qui veut comprendre la responsabilité en jeu : la cible décrite n’est pas le tribunal, c’est son greffe. En matière commerciale, le greffier n’est pas un agent de l’État. C’est un officier public et ministériel au sens de l’article L. 741-1 du Code de commerce, nommé par le garde des Sceaux, qui exerce à titre libéral une mission de service public. Son système d’information est le sien. La visite du site confirme la continuité : greffe-tc-paris.fr redirige vers greffe-tae-paris.fr.
Ce qui est décrit
Selon les fiches publiées, les personnes concernées seraient des juges, des greffiers, des magistrats du parquet, des avocats et des personnels administratifs. Les catégories citées vont des noms, adresses électroniques, téléphones, adresses postales et dates de naissance jusqu’aux fonctions exercées, identifiants de connexion, affectations au tribunal et historiques de mandat.
Un élément dépasse l’annuaire. Les deux observatoires décrivent un fichier de vœux d’affectation en chambre pour 2026 : choix des juges, jours d’indisponibilité, demandes particulières, motivations, délégations souhaitées. Fuites Infos mentionne également une liste de juges n’ayant pas suivi de formation.
Nous n’avons consulté ni le forum ni les fichiers. Tout ce qui précède est rapporté, et rien n’est confirmé : au 18 septembre 2026, le site du greffe ne porte aucun avis de sécurité, et nous n’avons trouvé aucune déclaration publique.
Un détail technique qu’il faut refuser
Les deux fiches avancent que l’accès « aurait pu être rendu possible par la compromission d’un compte ne disposant pas de double authentification ». La phrase est au conditionnel. Elle apparaît mot pour mot, à la virgule près, sur une autre fiche publiée le même jour par le même observatoire, à propos d’une victime sans aucun rapport.
C’est donc une hypothèse générique, pas une constatation propre à ce dossier. Nous ne la reprenons pas comme un fait. Rien, publiquement, ne permet aujourd’hui de dire comment ces données auraient quitté les systèmes concernés, et FrenchBreaches l’écrit d’ailleurs lui-même dans le corps de sa fiche.
Ce genre de détail se propage vite. Une phrase au conditionnel, recopiée trois fois, devient une cause établie en quarante-huit heures, et la victime se retrouve accusée d’une négligence que personne n’a démontrée.
Pourquoi 722 personnes valent plus qu’un million
Les juges consulaires sont des chefs d’entreprise élus par leurs pairs, qui siègent bénévolement. Ils décident de sauvegardes, de redressements, de liquidations. Chaque décision fait un perdant, parfois pour plusieurs millions.
Un fichier qui associerait le nom d’un juge, sa date de naissance, son adresse personnelle, sa chambre d’affectation et ses jours de présence n’est pas un annuaire professionnel : c’est un outil de pression. Dans une base bancaire d’un million de lignes, personne ne vaut d’être ciblé individuellement. Ici, chaque ligne peut valoir le déplacement.
Le fichier de vœux ajoute une couche. Savoir quelle chambre traite quel type de dossier, et qui y siégera, c’est une information d’organisation judiciaire. Elle n’a rien à faire dehors.
Quant aux identifiants de connexion, s’ils sont réels, ils désignent des accès à des applicatifs de greffe qui hébergent le registre du commerce, les procédures collectives et les données financières d’entreprises. La valeur d’une fuite ne se mesure pas au nombre de lignes, mais à ce que la ligne ouvre.
Ce que l’intelligence artificielle change ici
Rien dans cette affaire ne désigne un outil d’intelligence artificielle. Le risque se situe après.
Un attaquant disposant du nom, de la fonction, de l’affectation et du calendrier d’un juge ou d’un greffier peut fabriquer un courriel plausible en quelques secondes : un mandataire qui demande une pièce, un avocat qui relance sur un dossier en cours. L’ANSSI écrit dans son Panorama de la cybermenace 2025 que ces outils permettent aux attaquants « d’améliorer le niveau, la quantité, la diversité et l’efficacité de leurs attaques ». Le registre juridique français, précis et codifié, était autrefois difficile à imiter. Il ne l’est plus.
Ce qu’un dirigeant peut en tirer
Votre entreprise détient probablement, elle aussi, un fichier de quelques centaines de lignes qui vaut bien plus que votre base clients : la liste de vos administrateurs, celle de vos mandataires sociaux, l’organigramme avec les délégations de signature.
Ces fichiers ne sont presque jamais protégés au niveau de leur valeur. Ils traînent dans un espace partagé, accessibles à qui a un compte. Classez-les, restreignez-les, et vérifiez qui y accède réellement.
Notre page cybersécurité réunit nos parcours pour les organisations, dont Cybersécurité pour dirigeants et managers. DTJ Training n’est pas certifié Qualiopi, sa déclaration d’activité est enregistrée sous le numéro 32800278480 — cet enregistrement ne vaut pas agrément de l’État —, et aucun financement OPCO, CPF ou France Travail n’est mobilisable à ce jour.
Nous mettrons cet article à jour si le greffe s’exprime. Ce serait la seule façon de savoir si ces fichiers sont authentiques, et depuis quand.
Sources
- FrenchBreaches, fiche « Tribunal des activités économiques de Paris (TAE) », 17 septembre 2026, statut « Revendiquée (crédible) », consultée le 18 septembre 2026.
- Fuites Infos, « Greffe du tribunal des activités économiques de Paris : fuite de données revendiquée visant 902 personnes », 17 septembre 2026.
- Cyberattaque.org, « Greffe du Tribunal de Paris : des adresses privées et données familiales de juges en fuite », 17 septembre 2026.
- Greffe du tribunal des activités économiques de Paris, greffe-tae-paris.fr, consulté le 18 septembre 2026 : aucun avis de sécurité.
- Loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023, article 26 ; décret n° 2024-674 du 3 juillet 2024.
- Ministère de la justice, « Lancement de l’expérimentation du tribunal des activités économiques ».
- Code de commerce, article L. 741-1.
- ANSSI, Panorama de la cybermenace 2025, 11 mars 2026.
- Aucun forum cybercriminel ni aucune donnée volée n’a été consulté pour cet article.