Anthropic coupe l'accès et efface les cartes bancaires
Fin août 2026, des utilisateurs de Claude ont reçu un courriel d’Anthropic leur annonçant trois choses d’un coup : ils étaient déconnectés, leur carte bancaire enregistrée avait été retirée du compte, et des débits allaient leur être remboursés. Aucun n’avait rien demandé.
La cause n’est pas une faille chez Anthropic. C’est un logiciel installé sur leur propre ordinateur.
Le cookie vaut mieux que le mot de passe
Anthropic nomme six familles de logiciels voleurs d’identifiants : Vidar, Lumma (LummaC2), StealC, RedLine et Acreed sous Windows, Atomic Stealer (AMOS) sur « un petit nombre » de Mac. Rien d’exotique. Ce sont des outils de masse, qui arrivent par des téléchargements non officiels et des applications piégées, et qui ratissent tout ce qui traîne dans un navigateur : mots de passe enregistrés, cookies, identifiants d’applications locales.
Ce qui les intéressait ici n’était pas le mot de passe Claude, mais le cookie de session : le jeton que votre navigateur conserve une fois l’authentification passée.
Ce détail change tout. Un mot de passe volé bute sur la double authentification. Un cookie de session, non : il représente un état déjà connecté. L’attaquant le recopie sur sa machine et entre sans passer par l’identification. Votre 2FA n’a rien à refuser, puisqu’on ne lui demande rien.
L’usage qu’en ont fait les attaquants est prosaïque : consommer les quotas payés par la victime. Anthropic le formule ainsi dans ses notifications — si vos limites d’usage semblaient se recharger puis se vider alors que vous n’utilisiez pas Claude, c’était probablement cela.
Pourquoi effacer une carte bancaire
La mesure a surpris. Elle est pourtant la plus défendable des trois.
Un compte détourné avec une carte enregistrée ne sert pas seulement à épuiser un abonnement : il permet d’acheter du volume supplémentaire, sur la carte du propriétaire légitime. Tant que le moyen de paiement reste attaché au compte, la session volée est un pouvoir de dépense. En le retirant, Anthropic ne protège pas les données de la carte (rien n’indique qu’elles aient été exfiltrées), elle coupe la possibilité de s’en servir.
Le prix payé est l’inconfort : chaque utilisateur concerné doit resaisir son moyen de paiement. L’éditeur recommande de ne le faire qu’après avoir nettoyé la machine, changé les mots de passe stockés dans le navigateur et révoqué les sessions ouvertes ailleurs. Sa phrase mérite d’être retenue telle quelle : déconnecter arrête les sessions volées, cela ne retire pas le logiciel malveillant.
Ce que nous ne savons pas
Deux réserves, et elles comptent.
Anthropic n’a publié aucun chiffre : ni le nombre de comptes touchés, ni le montant remboursé. L’information a circulé par courriel aux clients concernés, relayée par la presse spécialisée à partir du 30 août. Nous n’avons pas trouvé d’avis public sur le site de l’entreprise.
Ensuite, plusieurs reprises françaises, dont celle qui nous a mis sur le sujet le 7 septembre, laissent entendre qu’Anthropic aurait déconnecté « ses utilisateurs ». Les sources d’origine parlent des comptes identifiés comme compromis. La nuance n’est pas cosmétique : elle sépare un incident ciblé d’une coupure générale.
Votre fournisseur d’IA peut vous couper demain
C’est la partie qui concerne un dirigeant de TPE.
Si votre assistant est entré dans vos outils de production, rédaction de devis, réponses clients, comptes rendus de rendez-vous, une déconnexion d’urgence décidée par l’éditeur vous arrête net, sans préavis et sans recours. Vous n’êtes pas victime d’une panne, vous êtes protégé contre votre gré. Côté planning, cela revient au même.
Quatre points valent d’être réglés avant que ça n’arrive.
- Savoir qui reçoit le courriel. Si l’adresse du compte est celle d’un salarié parti, l’alerte tombe dans le vide et personne ne comprend la coupure.
- Ne pas laisser une carte personnelle sur un compte professionnel. Une carte dédiée, à plafond, limite le dégât et simplifie la régularisation.
- Traiter le poste de travail comme la vraie surface d’attaque. Ce n’est pas Claude qui a été percé, ce sont des machines. Un poste sur lequel on installe des logiciels attrapés au hasard expose tous les comptes ouverts dans son navigateur, pas seulement l’IA. C’est exactement le terrain que couvrent nos formations en cybersécurité, et le sujet est le même que celui des fuites par un prestataire : le maillon faible est rarement là où on regarde.
- Écrire ce qu’on fait sans l’outil. Une demi-journée sans assistant doit avoir une réponse connue, même inélégante.
Ces formations sont animées par des intervenants spécialisés et facturées sur fonds propres : DTJ Training n’est pas certifié Qualiopi à ce jour, aucun financement OPCO n’est mobilisable.
Un dernier geste, gratuit et souvent oublié : révoquez vous-même vos sessions actives, sur Claude comme sur vos autres services, chaque fois que vous changez de machine ou que vous cédez un ordinateur. C’est le seul point de cette liste qui prend moins d’une minute.