Banque de France : l'IA s'installe, la productivité attend
Deux tiers des entreprises françaises d’au moins 20 salariés disent utiliser l’IA générative. Moins d’un tiers d’entre elles constatent un gain de productivité. C’est le résultat central d’une enquête publiée le 3 septembre 2026 dans le Bulletin de la Banque de France (n° 266, article 1), signée Véronique Genre et Léo Parpais.
L’écart ne prouve pas que l’IA ne sert à rien. Il montre que l’avoir ne suffit pas.
Ce que l’enquête mesure, et ce qu’elle laisse de côté
La Banque de France a interrogé quelque 7 000 entreprises de son enquête mensuelle de conjoncture, du 25 février au 3 avril 2026. Le champ couvre l’industrie manufacturière, le bâtiment et les services marchands non financiers ; le commerce, la finance, l’immobilier et l’assurance en sont exclus. Les résultats sont redressés par taille et par secteur, et représentent selon les auteurs « environ la moitié de l’économie française ».
Si vous dirigez une TPE, retenez ceci : les entreprises de moins de 20 salariés ne figurent pas dans les résultats, l’échantillon n’étant « pas suffisamment représentatif » en dessous de ce seuil.
Autre point, plus utile qu’il n’y paraît. La productivité est déclarée, pas calculée. Le questionnaire demande au dirigeant comment l’IA a affecté sa « productivité (ventes par employé) » au cours des trois dernières années. C’est une perception, adossée à une définition précise. Nous y reviendrons.
Une adoption large, surtout expérimentale
Les chiffres d’adoption :
- 67 % des entreprises de 20 salariés et plus utilisent l’IA générative, « principalement » de façon limitée ou expérimentale ;
- 64 % entre 20 et 49 salariés, 83 % à partir de 1 000 ;
- l’IA non générative (reconnaissance d’images, fouille de textes, apprentissage automatique) concerne environ un tiers des entreprises, de 31 % chez les plus petites à 60 % chez les plus grandes.
Parmi les utilisatrices de l’IA générative, 85 % se servent d’outils de génération de texte. Et 74 % des entreprises utilisatrices emploient l’IA d’abord dans les fonctions support (marketing, administration, finance, ressources humaines), contre 14 % dans la production. Les auteurs résument : l’adoption passe « par des usages simples de rédaction, de synthèse d’information et de préparation de documents ».
Concrètement, une entreprise où deux salariés rédigent leurs courriels avec un assistant conversationnel entre dans les 67 %. Le compte de résultat, lui, ne s’en aperçoit pas.
Pourquoi les gains ne suivent pas
31 % des entreprises utilisatrices de l’IA générative constatent déjà un gain de productivité, 41 % pour l’IA non générative. Rapporté à l’ensemble des entreprises interrogées, le premier chiffre tombe à 22 %. Quant au gain qualifié de « significatif » entre 2023 et 2026, il ne concerne que 6 % des utilisatrices de l’IA générative.
Le Bulletin avance deux pistes.
L’outil reste en marge des processus. Selon les auteurs, leurs données sont cohérentes avec l’hypothèse que les gains « dépendent moins de son adoption en tant que telle que de son degré d’intégration aux processus métier ». Les secteurs qui intègrent l’IA à leur production, l’information-communication en tête, sont aussi ceux qui déclarent le plus de gains. Les auteurs ajoutent que l’hypothèse « mériterait toutefois d’être confirmée ».
Les coûts arrivent avant les gains. Les économies permises par l’IA pourraient être « contrebalancées » par les dépenses d’adoption, d’intégration et de transformation de l’organisation. La direction générale du Trésor ne dit pas autre chose dans sa note Trésor-Éco n° 391 du 30 juin 2026 : l’IA « oblige à réorganiser les entreprises, à reconfigurer les modes de travail et les compétences, et à consentir des investissements complémentaires, ce qui pourrait retarder la matérialisation des gains de productivité ». La note évoque une courbe « en J » : le coût d’abord, l’accélération ensuite.
Les freins déclarés racontent la même histoire. Chez les entreprises qui n’utilisent pas l’IA, l’obstacle principal est l’absence de cas d’usage identifiés (49 %), loin devant les compétences (24 %) et le coût (9 %). Chez les utilisatrices, le manque de compétences techniques passe en tête (33 %). Une fois l’outil installé, la difficulté change de nature : il ne s’agit plus de trouver quoi faire, mais de le déployer correctement.
L’Insee, dans son Insee Première n° 2120 de juillet 2026, relevait de son côté que 71 % des entreprises sans IA n’en voient pas l’utilité. Ses taux d’adoption (18 % des entreprises de 10 salariés ou plus en 2025) ne se comparent pas à ceux de la Banque de France : champ, questions et année diffèrent, et la Banque de France compte l’usage expérimental. Nous avions tiré de l’enquête de l’Insee une règle simple : l’usage d’abord, la compétence ensuite.
Mesurer vos propres gains
L’indicateur de la Banque de France, les ventes par employé sur trois ans, est fait pour une statistique nationale. Il est bien trop grossier pour savoir si votre abonnement rapporte. Personne ne fera cette mesure à votre place, et elle tient en peu de choses.
Partez d’une tâche, pas d’un outil. Répondre à une demande de devis, rédiger un compte rendu d’intervention, relancer une facture : une tâche répétée, que vous pouvez chronométrer. Notre article précédent détaille comment la choisir et mesurer le point de départ.
Comptez le temps de vérification. Une réponse produite en deux minutes puis relue et corrigée pendant dix n’a rien fait gagner. Mesurez le temps total jusqu’au résultat utilisable, et notez les reprises : erreurs, retours du client, corrections.
Additionnez tous les coûts. Le Bulletin en donne la liste : investissements matériels et logiciels, abonnements, « dépenses de formation ou réorganisation des processus de production ». Le temps que vos salariés passent à apprendre fait partie du prix. Pour les outils facturés à l’usage, voyez comment se forme la facture d’un agent IA.
Regardez aussi la qualité. Les auteurs envisagent que les gains passent davantage par la qualité des produits et des délais que par la baisse des coûts, ce que les indicateurs de production captent mal. Choisissez un indicateur que vous suivez déjà : délai de réponse, taux de devis signés, nombre de réclamations.
Au bout de quelques semaines, vous saurez si l’outil vous rend du temps, de la qualité, ou rien. Les trois réponses sont utiles. La troisième évite de payer un abonnement par principe.
Ce que cela change pour un dirigeant
Le Bulletin indique que 60 % des entreprises utilisant ou prévoyant d’utiliser l’IA en 2026 anticipent un effet positif sur leur productivité d’ici trois ans. C’est une attente, pas un résultat, et l’écart entre les deux est précisément ce qu’une PME peut réduire chez elle en intégrant l’outil à un processus plutôt qu’en le laissant à la discrétion de chacun.
Notre journée IA pour dirigeants de TPE/PME sert à cela : repérer les usages au meilleur rapport entre effort et résultat, estimer leur coût, bâtir une feuille de route. Précision que nous devons à nos lecteurs : DTJ Training n’est pas certifié Qualiopi, sa déclaration d’activité est enregistrée sous le numéro 32800278480, et aucun financement OPCO ou France Travail n’est mobilisable à ce jour.
Lundi matin, avant d’ouvrir un assistant, chronométrez la tâche que vous comptez lui confier. Sans ce chiffre, vous ne saurez jamais dans quel tiers vous êtes.
Sources
- Banque de France, Bulletin n° 266, article 1, « L’IA s’installe dans les entreprises françaises : une diffusion rapide, mais des gains de productivité encore limités », Véronique Genre et Léo Parpais, 3 septembre 2026.
- Direction générale du Trésor, Trésor-Éco n° 391, « L’intelligence artificielle, quels effets sur l’emploi ? », 30 juin 2026.
- Insee, Insee Première n° 2120, « Les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises en 2025 », Clément Lefebvre, juillet 2026.
- AEF info, « L’IA s’installe dans les entreprises mais les gains de productivité restent encore limités », dépêche n° 756210, 7 septembre 2026.