IA et emploi en France : ce que disent les recruteurs

Une professionnelle relit un document sur une planchette : c'est dans les annonces et les critères de sélection que l'effet de l'IA sur l'emploi se lit d'abord en France.

3 %. C’est la part des offres d’emploi cadre de l’industrie qui exigent explicitement des compétences en intelligence artificielle, selon une étude de l’Apec et de l’Opco 2i publiée en février 2025. Un an plus tard, la moitié des cadres se servent d’un outil d’IA générative au moins une fois par semaine. L’usage court devant ce que les recruteurs écrivent.

Ce décalage est une meilleure porte d’entrée que les projections à 2030 pour savoir ce que l’IA fait à l’emploi en France. Il suffit de regarder ce que les employeurs publient, ce qu’ils déclarent, et ce que les salariés font déjà.

D’abord, trier les chiffres qui circulent

Un billet de blog d’août 2025 sur l’IA et le marché du travail français affirme que les offres liées à l’IA ont bondi de 273 % « quand l’emploi global reculait de 11,3 % ». Remontée à la source, la comparaison ne tient pas. D’après le communiqué de PwC du 3 juin 2025, le recul de 11,3 % porte sur le nombre total d’offres d’emploi dans le monde, pas sur l’emploi en France. Le même billet présente comme actuel un taux de 10 % de salariés formés à l’IA : il vient d’un sondage Ifop pour LearnThings réalisé à la fin de décembre 2023 et au tout début de 2024.

Un chiffre sans date ni définition ne dit rien. Voici ceux qui en ont une.

Dans les annonces, l’IA reste concentrée

Indeed Hiring Lab mesure la part des annonces publiées sur son site qui mentionnent l’IA. En février 2026, elle était de 3,4 % en France, la plus faible des pays suivis : 4,1 % en Allemagne, 4,9 % aux États-Unis, 7,5 % au Royaume-Uni. La moyenne cache une forte concentration. Environ une offre sur cinq dans le développement informatique (21 %), 15,4 % dans l’administration systèmes et réseaux, 12,4 % dans la banque et la finance. La progression la plus nette se trouve dans les métiers de la tech, de six à huit points en un an.

L’Apec fait le même constat pour les cadres de l’industrie : les compétences en IA demandées explicitement restent « principalement réservées » aux postes techniques (informatique, études, recherche et développement) et aux fonctions commerciales. L’IA générative n’y est « encore que discrètement visible ».

Une précaution. Le volume total des annonces sur Indeed a reculé d’environ 50 % depuis son pic de décembre 2022 et il est passé sous son niveau de février 2020. Rien, dans ces données, ne permet d’imputer ce recul à l’IA. Ceux qui le font vont plus vite que les chiffres.

Sur les métiers exposés, le travail le plus solide reste celui de Philippe Aghion et de ses coauteurs, fondé sur les offres collectées par la Dares. Nous l’avons présenté dans notre article sur le million d’emplois que l’IA aurait créés aux États-Unis : moins de créations de postes dans les professions les plus exposées, davantage d’emploi total dans les entreprises qui recrutent des spécialistes.

Chez les employeurs : les profils changent plus que les effectifs

L’Apec a interrogé par téléphone 1 000 entreprises employant au moins un cadre, en mars 2026. Seule une minorité prévoit de réduire ses effectifs à cause de l’IA. Celles qui s’attendent à changer les compétences recherchées sont nettement plus nombreuses : plus d’un quart des TPE, un tiers des PME, 38 % des grandes entreprises. Deux entreprises sur dix accordent déjà de l’importance à la maîtrise de l’IA quand elles sélectionnent un cadre, et 53 % des grandes entreprises comptent lui donner plus de poids.

L’enquête de France Travail, alors Pôle emploi, menée en mai 2023 auprès de 3 000 établissements de dix salariés et plus, allait dans le même sens. Parmi ceux qui utilisaient l’IA, 66 % privilégiaient la formation du personnel déjà présent et 22 % avaient recruté dans les métiers de l’IA. Mais quatre sur dix déclaraient aussi avoir réduit leurs coûts de main-d’œuvre grâce à elle. Pas de suppression de poste annoncée ne veut donc pas dire pas d’effet sur l’emploi. Cette enquête a plus de trois ans, et nous n’en avons pas trouvé de mise à jour.

Chez les cadres : l’usage avance plus vite que la formation

L’Apec a aussi interrogé en ligne 2 000 cadres du privé en mars 2026. La moitié utilise l’IA générative au travail au moins une fois par semaine, soit quinze points de plus qu’un an plus tôt, et 62 % chez les moins de 35 ans. Les deux tiers pensent que la maîtrise de ces outils sera une compétence importante pour exercer leur métier. Pourtant, 29 % seulement déclarent avoir été formés à l’IA, et plus souvent par des formations généralistes que par des formations propres à leur métier.

Voilà l’écart qui compte pour un salarié. Les entreprises annoncent qu’elles regarderont cette compétence, les cadres s’en servent déjà, et peu ont appris à s’en servir dans leur métier.

Ce que ces données ne disent pas

Aucune statistique publique française ne compte aujourd’hui les emplois supprimés ou créés par l’IA. Les sources disponibles mesurent des mentions dans des annonces, des intentions déclarées, des usages. Elles concordent sans faire un bilan. Et elles portent surtout sur les cadres : pour les ouvriers, les employés du commerce ou des services, nous n’avons pas trouvé de données aussi récentes.

Ce que vous pouvez en faire

Si vous êtes salarié, partez des offres de votre propre métier. Relevez une dizaine d’annonces récentes, notez celles qui citent un outil d’IA et ce qu’elles en attendent. Ce relevé vous renseigne mieux que n’importe quel classement des métiers menacés.

Demandez ensuite une formation appliquée à vos tâches plutôt qu’une initiation générale : c’est celle qui manque, d’après l’Apec. Et au recrutement, un exemple précis vaudra plus qu’une ligne « maîtrise de ChatGPT » sur un CV : une tâche menée avec l’outil, et ce que vous avez vérifié derrière lui.

Notre formation ChatGPT & Claude au quotidien consacre son après-midi à l’application au métier ; en session d’équipe, les cas pratiques partent de vos documents et de vos processus. DTJ Training n’est pas certifié Qualiopi, sa déclaration d’activité est enregistrée sous le numéro 32800278480, et aucun financement OPCO, CPF ou France Travail n’est mobilisable à ce jour.

Le jour où l’IA apparaîtra dans les fiches de poste ordinaires, et plus seulement dans celles des développeurs, l’intention affichée par les employeurs sera devenue une exigence. Les annonces le montreront avant les statistiques de l’emploi.

Sources

  • Apec et Opco 2i, « L’intelligence artificielle dans l’industrie », 13 février 2025.
  • Apec, « Les cadres et l’IA 2026 », mai 2026 (enquêtes de mars 2026 auprès de 2 000 cadres et de 1 000 entreprises).
  • Indeed Hiring Lab, Lisa Feist, « Avril 2026 : l’IA progresse dans un marché du travail en recul », 1er avril 2026.
  • France Travail, enquête « Les employeurs face à l’intelligence artificielle », communiqué du 15 juin 2023.
  • P. Aghion, A. Bergeaud, S. Bunel, P. Delbouve, « Diffusion de l’intelligence artificielle en France », document de travail, juillet 2025.
  • PwC, communiqué du baromètre mondial de l’emploi en IA 2025, 3 juin 2025.
  • Ifop pour LearnThings, sondage réalisé du 21 décembre 2023 au 3 janvier 2024, publié le 15 janvier 2024.

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