Formation IA : l'usage d'abord, la compétence ensuite
En 2025, 71 % des entreprises françaises qui n’utilisent aucune technologie d’intelligence artificielle déclarent qu’elle n’a pas d’utilité pour elles. Le manque d’expertise vient derrière, à 54 %. Chez les entreprises de 10 à 49 salariés, l’écart s’ouvre encore : 71 % contre 53 %.
Ces chiffres viennent de l’Insee Première n° 2120, paru le 21 juillet 2026. Ils disent une chose inconfortable pour un organisme de formation, le nôtre compris : la compétence n’est pas le premier verrou.
Alors autant l’écrire franchement. N’achetez pas de formation à l’IA tant que vous n’avez pas nommé un usage précis dans votre entreprise. Pas un domaine, pas une intention : une tâche.
Ce que l’enquête mesure
L’Insee interroge chaque année les entreprises sur leur équipement numérique. Le millésime 2025 donne 18 % d’entreprises utilisatrices d’au moins une technologie d’IA, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023. Le taux a triplé en deux ans. Il reste très lié à la taille : 15 % chez les 10 à 49 salariés, 58 % au-dessus de 250.
Deux réserves avant d’aller plus loin.
L’enquête ne couvre que les entreprises de dix salariés ou plus, dans les secteurs principalement marchands, hors agriculture, banque et assurance. Les structures plus petites n’y figurent pas. Nous n’avons donc aucun chiffre public sur elles, et nous n’allons pas en fabriquer.
Ensuite, il s’agit de déclarations de dirigeants, pas de mesures d’usage. « Nous n’en voyons pas l’utilité » peut recouvrir une analyse solide comme un désintérêt poli. La statistique enregistre la phrase, pas ce qu’il y a derrière.
Le mauvais ordre coûte cher
Le réflexe inverse se comprend : on lit que l’IA transforme les métiers, on en conclut que ses équipes sont en retard, on cherche une formation. La compétence d’abord, l’usage plus tard.
Cet ordre a un défaut de construction. Une compétence a besoin d’un endroit où s’appliquer pour s’installer ; sans tâche à laquelle la brancher en sortant de la salle, le participant retrouve ses habitudes, et ce que vous avez acheté n’est ni un réflexe, ni le vocabulaire pour formuler une demande correcte à un outil. La dépense, elle, est bien réelle : la journée, les déplacements, et surtout le temps de travail des personnes mobilisées.
Commencer par l’usage est moins confortable, puisque cela suppose une enquête interne avant tout achat. Cela produit en revanche quelque chose de vérifiable.
Ce qu’est un usage précis
Le test tient en quatre questions. Si vous ne pouvez pas répondre aux quatre, l’usage n’est pas identifié.
Quelle tâche, nommée ? Pas « le service client », mais « rédiger la première réponse aux demandes de garantie reçues par courriel ». Une tâche se décrit avec un verbe et un objet.
Qui la fait aujourd’hui ? Une personne, pas un service. C’est elle qui saura dire ce qui prend du temps et ce qui n’en prend pas. C’est aussi elle qui devra être formée, et personne d’autre.
Combien de fois par semaine ? Une tâche mensuelle ne justifie presque jamais un investissement. Une tâche reprise plusieurs fois par jour, oui, même si elle paraît insignifiante.
Combien de temps elle coûte, en heures ? Comptez sur deux semaines réelles, pas de mémoire. C’est le seul chiffre qui vous permettra ensuite de dire si l’outil a servi à quelque chose.
Quand ces quatre réponses existent, la formation devient utile, parce qu’elle a un objet. Elle cesse d’être une culture générale et devient un apprentissage sur une tâche que le participant connaît.
Quand la compétence redevient le sujet
L’enquête de l’Insee contient une seconde donnée, moins citée, qui nuance tout ce qui précède : parmi les entreprises qui utilisent déjà l’IA, 53 % se déclarent freinées dans leurs usages par un manque d’expertise. Viennent ensuite les inquiétudes sur la protection des données (43 %) et le manque de clarté juridique (42 %).
Autrement dit, le besoin de formation ne disparaît pas : il se déplace. Il n’est pas au moment de la décision d’adopter, il est juste après, quand les premiers essais ont eu lieu et que l’entreprise se heurte à ce qu’elle ne sait pas faire. C’est là qu’une journée de formation change quelque chose, parce que les participants arrivent avec des questions au lieu d’en repartir avec.
Le calendrier raisonnable ressemble donc à cela : identifier une tâche, l’essayer avec les outils grand public pendant quelques semaines, mesurer, puis former ceux qui continuent.
Ce que cela nous engage à dire
Nous vendons des formations. Écrire qu’il faut attendre pour en acheter n’est pas un exercice de modestie : c’est le seul conseil qui résiste aux chiffres ci-dessus.
Notre journée IA pour dirigeants de TPE/PME est d’ailleurs construite dans cet ordre. Elle ne forme pas à un outil : elle sert à sortir avec des cas d’usage priorisés et un budget estimatif sur votre entreprise. C’est l’étape d’avant, et elle a un intérêt précisément parce que la plupart des dirigeants n’ont pas le temps de mener cette enquête seuls.
Une précision que nous devons à nos lecteurs. DTJ Training n’est pas certifié Qualiopi. Notre numéro de déclaration d’activité (NDA) est enregistré sous le n° 32800278480 ; la certification Qualiopi reste en cours, et aucun financement OPCO ou France Travail n’est donc mobilisable aujourd’hui. Une formation achetée maintenant est payée sur les fonds propres de l’entreprise. Raison de plus pour n’acheter que ce qui sert.
Une dernière chose, pour ceux qui hésitent encore. Prenez la liste des tâches que vos équipes ont faites hier. Pas cette semaine, hier. S’il n’y en a aucune que vous puissiez décrire en une phrase avec un verbe, l’IA n’est pas votre sujet du trimestre : la description du travail l’est.