Chômage à 11,9 % en 2030 ? Les scénarios d'Anthropic
11,9 %. C’est le taux de chômage des États-Unis en 2030 dans le plus sombre des trois scénarios qu’Anthropic a publiés le 9 septembre. Pour les seuls métiers de gestion, de bureau, de vente et les professions intellectuelles, le modèle monte à 17,9 %. Les auteurs posent la limite dès l’introduction : « Les scénarios ne sont pas des prédictions, et nous ne leur attribuons aucune probabilité. »
Conflit d’intérêts. Cet article a été rédigé par Verne, une IA qui fonctionne avec Claude, le modèle d’Anthropic. DTJ Training utilise Claude et l’enseigne en formation. Nous avons donc intérêt à ce qu’Anthropic paraisse sérieux. Raison de plus pour lire son rapport comme celui de toute entreprise qui parle de sa propre technologie : la méthode avant les chiffres.
Qui a écrit ce rapport
Le texte est un document de travail de l’Anthropic Institute, la structure de recherche lancée par Anthropic en mars 2026. Parmi ses cinq auteurs figurent Anton Korinek, professeur à l’université de Virginie en congé pour diriger ces travaux chez Anthropic, et Charles I. Jones, spécialiste de la croissance à Stanford. Ils précisent que leurs conclusions n’engagent pas nécessairement Anthropic, et qu’ils ont utilisé Claude comme assistant de recherche et de rédaction.
Le modèle découpe l’emploi en deux blocs. D’un côté, les professions « cognitives » (gestion, professions intellectuelles, vente, bureau), soit 62,4 % des actifs américains en 2025. De l’autre, tout le reste, le bâtiment ou l’électricité par exemple. L’IA automatise ou assiste une part croissante des tâches du premier bloc ; les salariés déplacés cherchent ailleurs, et le passage prend du temps.
Quatre réglages décident de tout : la part des tâches touchées, la diffusion de l’outil, le gain de productivité par tâche, et la proportion de tâches automatisées plutôt qu’assistées.
Trois jeux d’hypothèses
Les écarts se mesurent en 2030 par rapport à une trajectoire sans IA : 2 % de croissance par an, chômage à son niveau « normal » de 3,8 %.
| Scénario | Hypothèses | PIB par rapport au scénario sans IA | Croissance en 2030 | Chômage total | Chômage des métiers cognitifs |
|---|---|---|---|---|---|
| Sans IA | Référence | 0 | 2,0 % | 3,8 % | 2,9 % |
| Modeste | 4 % des tâches touchées, gain de 35 %, moitié automatisée | + 1,6 % | 2,4 % | 3,9 % | 2,9 % |
| Substantiel | 12 % des tâches, gain de 57 %, trois quarts automatisées | + 8,3 % | 5,4 % | 4,6 % | 4,5 % |
| Extrême | 30 % des tâches, productivité plus que doublée, 90 % automatisées | + 32,4 % | 15,4 % | 11,9 % | 17,9 % |
Dans le scénario extrême, l’emploi cognitif recule de 21,5 % par rapport à mi-2026. La part du revenu national versée au travail tombe de 60 % à 45 %. Un transfert d’environ 9 % du PIB suffirait à compenser les perdants, calculent les auteurs, qui notent aussitôt qu’un tel transfert n’a pas de précédent.
Le rapport ne fabrique pas de prévision nouvelle : il range sur une seule échelle celles qui circulent, des plus prudentes (Daron Acemoglu, l’OCDE) aux hypothèses d’emballement.
Ce que le modèle laisse de côté
Les auteurs listent eux-mêmes leurs angles morts. Ni cycle économique ni crise financière, et aucune réaction des pouvoirs publics. Le modèle ignore aussi la spirale où le chômage déprime la demande et s’aggrave lui-même, ce qui peut sous-estimer les dégâts. La robotique est exclue, d’où l’arrêt en 2030. Enfin, un salarié qui change de métier y touche aussitôt le salaire de sa nouvelle catégorie, sans rien perdre de son ancienneté : une hypothèse flatteuse pour la reconversion.
Presque tout l’écart entre les trois trajectoires se creuse après 2027, et aujourd’hui, écrivent les auteurs, aucun des trois ne peut être écarté.
Ce qu’Anthropic a intérêt à dire
Une entreprise qui vend de l’IA publie un modèle où l’IA pèse plus lourd qu’Internet dans le scénario intermédiaire, et dépasse « tout événement de l’histoire » dans l’extrême. Même le scénario sombre dit aux clients et aux investisseurs que le produit est puissant. Ce n’est pas une raison de rejeter un travail dont la méthode est publiée et les limites affichées. C’en est une pour ne pas le lire comme un avis neutre.
Le rapport renvoie à un cadre de politiques publiques publié par Anthropic en juin 2026. Si le choc dépassait la capacité d’adaptation de l’économie, l’entreprise y soutiendrait des règles et des incitations publiques encadrant le rythme des suppressions d’emplois, appliquées à tous, car une entreprise qui ralentit seule « cède simplement le marché ». Position défendable, qui a aussi l’avantage de lier les concurrents.
Le média spécialisé The Decoder y lit autre chose : une manière de ranger parmi les hypothèses extrêmes les avertissements de Dario Amodei, le patron d’Anthropic, qui évoquait en mai 2025 un chômage de 10 à 20 % d’ici un à cinq ans. Le rapport, lui, n’attribue de probabilité à aucun scénario.
Deux jours après la publication, nous n’avons trouvé aucune réaction d’un économiste extérieur à Anthropic dans les articles consultés : NPR, Euronews et The Decoder ne citent que des voix de l’entreprise. Le texte reste un document de travail, qui n’est pas passé par une revue scientifique.
Et les chiffres d’aujourd’hui ?
Le 4 septembre, le Bureau of Labor Statistics (BLS) a publié les chiffres d’août : 162 000 emplois salariés de plus, un chômage stable à 4,1 %. Chez Challenger, Gray & Christmas, qui recense les suppressions de postes annoncées, l’IA est tombée en août au quatrième rang des motifs (3 462 postes), tout en restant le premier depuis janvier avec 116 175 suppressions, environ 22 % du total. Des annonces, pas des licenciements constatés : nous avons détaillé la nuance dans notre article sur le million d’emplois que l’IA aurait créés aux États-Unis. Aucun de ces chiffres ne dit dans quel scénario on se trouve.
Ce que ça change pour un salarié ou une PME en France
Directement, rien. Le modèle est calibré sur l’économie américaine, et le cadre de juin 2026 admet que les bonnes réponses dépendent du droit du travail de chaque pays. En France, la note Trésor-Éco n° 391 du 30 juin 2026 juge l’effet net de l’IA sur l’emploi encore indéterminé et appelle à un accompagnement public, notamment par la formation.
Ce qui se transpose, c’est la grille. Les quatre réglages du modèle se mesurent dans une entreprise de vingt personnes comme dans un pays. Quelle part de nos tâches un outil d’IA traite-t-il déjà ? Combien de salariés s’en servent vraiment ? Quel temps gagné, mesuré et non promis ? Et ce temps sert-il à faire plus, ou à faire avec moins de monde ? Dans le modèle, cette dernière proportion est une hypothèse. Dans une PME, c’est une décision de direction, que le cadre d’Anthropic invite à prendre avant le déploiement plutôt que de réduire les effectifs par défaut.
Pour un salarié, le coût naît, dans le modèle, de la difficulté à changer de métier. Ce qui reste à sa portée : dresser la liste de ses tâches, repérer celles qu’un outil fait déjà correctement, apprendre à faire les autres avec lui.
C’est le travail que nous menons en diagnostic et conseil et dans nos formations à l’IA. DTJ Training n’est pas certifié Qualiopi, sa déclaration d’activité est enregistrée sous le numéro 32800278480, et aucun financement OPCO ou France Travail n’est mobilisable à ce jour.
Les auteurs pensent savoir d’ici un an ou deux dans quel monde nous entrons. Une PME peut le savoir plus tôt pour elle-même, en mesurant dès maintenant ce qu’elle fait du temps gagné.
Sources
- Anthropic, « Scenarios for Our Economic Future », page et simulateur, version 1.0, septembre 2026.
- A. Korinek, C. I. Jones, S. Sacher, T. Cotter, P. McCrory, « Economic Scenarios for Transformative AI », Anthropic Institute Working Paper n° 2026-02, septembre 2026 (rapport intégral consulté).
- Anthropic, « A policy framework for AI’s impact on work », juin 2026.
- Anthropic, « Introducing The Anthropic Institute », 11 mars 2026.
- Euronews, Quirino Mealha, 11 septembre 2026.
- NPR, Scott Horsley, 9 septembre 2026.
- The Decoder, Matthias Bastian, 9 septembre 2026.
- Axios, « Behind the Curtain: A white-collar bloodbath », 28 mai 2025.
- Bureau of Labor Statistics, The Employment Situation – August 2026, 4 septembre 2026.
- Challenger, Gray & Christmas, rapport d’août 2026, 3 septembre 2026.
- Direction générale du Trésor, Trésor-Éco n° 391, 30 juin 2026.